New York, chic et choc !


Du gris parsemé de bleu dans un dédale de rues accrochées à leur tradition », le New York décrit par Depardon est à l’image de ce qu’à toujours été la ville : une succession de villages à la mode… Le dernier chassant le premier !



Manhattan, le nom à lui seul évoque la modernité américaine. Pourtant New York est la moins « yankee » de toutes les villes du pays ! Un lieu magique que Miller expliquait en une phrase «New York n’est pas, New York se fait tous les jours». Visions d’architectes, de créateurs, de faiseurs de mode, d’«événementistes» en tout genre, la ville reste fidèle à une seule devise : innover pour s’enrichir. Les talents de demain, pour réussir, investissent Big Apple, là où le mètre carré est le moins cher. Regroupés, ils s’adonnent à un sport adoré des américains : la compétition professionnelle. Pas un seul quartier de New York n’a échappé à cette loi immuable de la mode et du renouvellement, qui veut que bien des artistes réputés soient passés dans d’infâmes lofts ou ateliers industriels abandonnés depuis des décennies. Et c’est cette notoriété qui fait flamber l’immobilier dès que les boutiques « tendance » veulent associer leur nom aux grands mouvements de la mode ou de l’art.

Des quartiers dortoirs, des quartiers à vivre

New York, chic et choc !
Les quartiers « à la mode » sont sans cesse en mouvement et dans une ville qui a vu en vingt ans le prix moyen de ses loyers se multiplier par 20, définir les lieux qui vont bouger demain relève de la boule de cristal. Pour Marina Thieys, journaliste au New-Yorker, le plus célèbre hebdomadaire de la ville, « Les quartiers de New York sont comme des sables mouvants, sans cesse repensés et sans cesse requalifiés ». On parlait de Soho et de ses galeries, voilà qu’elles sont désormais installées dans Chelsea. Le quartier des affaires, porté par une seule rue Wall Street, se prolonge désormais vers Central Park, là où se discutent, au milieu des arbres, les affaires de demain.
« New York n’aurait jamais pu devenir une capitale américaine », explique Woody Allen: « c’est un pays à elle seule! ». Ne pas comprendre la diversité au seul bénéfice d’une vision « trendy » (comprenez «tendance») des quartiers serait une erreur.

Aborder New York ne peut se faire qu’au travers de ses envies. Un zeste de musée mâtiné d’un peu de mode, de beaucoup de musique ou d’un soupçon de shopping passe par un petit carnet d’adresses préparé avant son départ et, sur place, énormément de curiosité pour ne rien manquer. Enfin, succombez aux diktats des quartiers : quatre d’entre eux sont à la une de l’actualité. C’est souvent par eux et pour eux que l’on revisite New York. Une découverte multiple pour une ville unique.

Dumbo, le dernier né

New York, chic et choc !

Down Under the Manhattan Bridge Overpass, sur Brooklyn, est l’exemple même du renouveau d’un district considéré pendant des années comme dangereux. Dumbo n’est pas encore un quartier au sens new-yorkais du mot, c’est un quartier en devenir: coincée entre les ponts d’accès à Brooklyn, cette zone portuaire abandonnée est truffée d’anciens ateliers textiles aujourd’hui délocalisés en Asie. Dumbo, laissé à l’abandon, a donc tout naturellement attiré les artistes au sens général du terme.

A voir, la chocolaterie de Jacques Torrès, (66 Water Street entre les ponts de Brooklyn et de Manhattan - http://www.mrchocolate.com, une caverne d’Ali Baba où le sens artistique du maître cohabite avec le marketing américain. Surprenant.
Autre arrêt chez Pomme (81 Washington St, Brooklyn) la boutique branchée pour les enfants. Jeux et jouets français se marient aux poupées japonaises et aux découpages chiliens. Très réussie. Incontournable pour le brunch, à 100 mètres de chez Jacques Torrès, le River café, pleine vue sur Manhattan, et accessible en water taxi. Un menu loin d’être gastronomique mais une ambiance marine inégalée. C’est là, le dimanche matin, que se retrouvent De Niro et Woody Allen pour un plateau de fruits de mer.

Meatpacking

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Ancien quartier de la viande et des bouchers, à quelques pas de Greenwich, le Meat comme le surnomment les habitués, est articulé autour de restaurants, d’ateliers de créateurs et de quelques « boutiques-hôtels » branchés. Ici pas question d’aller fouiller dans l’histoire de la ville. Ni l’architecture ni même les entrepôts restaurés de quelques célèbres grossistes alimentaires ne suffisent à faire le charme des lieux, ce n’est pas le contenant mais le contenu qui est intéressant: c’est l’innovation et le luxe qui s’installent.
Première adresse, Jeffrey, 449 West 14th Street, 206-1272, un petit temple du luxe, très tendance dont les dernières créations sont le but de tous les amateurs de mode. Comme à Paris, on vient voir les créations tant en accessoires qu’en vêtements. Et l’on se bat entre deux mannequins et quelques directeurs artistiques pour toucher ou essayer ! Parmi les marques représentées : Véronique Branquinho, Balenciaga, Dries Van Noten.

A quelques pas, c’est la française Catherine Malandrino (652 Hudson Street, 840-0116) qui a installé sa seconde boutique new-yorkaise. La jeune grenobloise est devenue en six ans la coqueluche du quartier et des Américains branchés. Ultraféminine pour les uns, un poil sexiste pour les autres, autant dire qu’elle ne laisse pas indifférent. Et les stars ne s’y trompent pas : Uma Thurman ou Cameron Diaz sont des habituées.
Le must de la mode qui avance.

Williamsburg

New York, chic et choc !

En plein Brooklyn, ce quartier est resté le refuge des artistes et des écrivains. A quelques encablures de Dumbo, c’est là que se trouvent, dit-on, ceux et celles qui feront l’Amérique artistique de demain.

Ce « village » marque cependant le territoire proche de deux communautés : les religieux juifs de l’Est Brooklyn et les hispaniques du Sud. Attention, en semaine, ce quartier réputé animé déçoit. Les rues sont plutôt calmes et il faut attendre le week-end pour voir s’ouvrir les boutiques de créateurs et les galeries.

A voir, la « Pierogi », l’une des galeries les plus célèbres du quartier, ouverte dans une ancienne fabrique de bouchons. C’est là que se sont installés, dans les tiroirs et les armoires, quelque 750 artistes… Du moins leurs peintures et dessins. Il faut fouiller, chiner, déclasser, regarder pour trouver son bonheur.

Autre adresse, plus fun le samedi soir, la Brooklyn Brewery (79 North 11th Street,
718 486 7422 - http://www.brooklynbrewery.com qui fabrique à l’ancienne une petite dizaine de bières dont une boisson locale reconstituée à partir d’archives de la ville qui datent de 1780. Une visite organisée le samedi après-midi donne une idée de l’ambiance qui peut y régner les jours de fête.

Chelsea, a new boboland

Il était oublié, le voilà ressuscité en capitale de l’art : Chelsea c’est le bon goût qui côtoie le catastrophique. Une sorte de musée en plein air qui a su expulser les marchands du temple de la restauration au profit des galeristes.

Entre la 19e et la 26e Rue, entre la 10ème et la 11ème, on retrouve à la fois les enseignes de Soho, venues là pour suivre l’air du temps, les ateliers de quelques regroupements ethniques (jamaïcains et cubains) sans oublier tous ceux et celles persuadés d’avoir en catalogue les artistes de demain. Et la visite est difficile tant les choix sont nombreux.

Chez Gagosian, il faut voir l’exposition du moment, souvent chic, novatrice, innovante. Lehmann Maupin, Terry Saps ou la Dia Foundation, sur la 22e Rue sont incontournables.
Mais attention, tout va vite et ce qui existe aujourd’hui ne sera plus là demain…
C’est la dure loi new-yorkaise des affaires…et de l’art.

Dimanche 8 Février 2009
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