L’Egypte au calme du Lac Nasser

Une Egypte différente et magnifique, loin de la foule mais pas de l’égyptologie : une promenade sur le Lac Nasser permet de glisser du 21ème siècle à l’époque des pharaons, au fil d’une eau qui abreuve autant qu’elle nourrit l'esprit ! A l'heure où l'Egypte rouvre ses portes aux touristes, cette découverte est une option superbe.



L’Egypte au calme du Lac Nasser
5h30 : le téléphone me tire d’un sommeil profond pour m’asséner dans l’oreille une musique anonyme. Je grogne. Quelques pas hors du lit, un grand mouvement de rideau et c’est l’éblouissement : en grand écran derrière ma baie vitrée, Abou Simbel rayonne au soleil levant. C’est la surprise du chef, l’explication de cette invitation mystérieuse du personnel de bord, hier soir, à me faire réveiller très tôt : pendant que je dormais encore, le bateau de 5 étages a quitté silencieusement le quai pour se poster au large devant les temples jumeaux, celui de Ramsès II et celui, plus petit, de son épouse Néfertari.
La pierre blanche s’éclaircit progressivement et je grimpe sur le pont rejoindre les passagers : Abou Simbel, c’est un peu la Mecque de l’Egypte, l’un des temples les plus magiques, autant par son histoire que par son esthétique. Chef d’œuvre de Ramsès II, il a été noyé par les sables jusqu’au 19ème siècle et failli être également noyé par les eaux du Lac Nasser en 1960. Il se pavane aujourd’hui au soleil grâce à une mobilisation internationale qui a permis son déplacement bloc par bloc, pierre par pierre, pendant des travaux qui ont duré de 1964 à 1972. Un travail réellement pharaonique puisque le temple n’avait pas été construit mais creusé dans la montagne. Il a fallu la découper en morceaux pour sauver le chef d’œuvre ! Un exploit, raconté aujourd’hui dans un DVD historique qui s’achète dans les boutiques de souvenirs, sur le site du Temple ou à Assouan.

L’Egypte au calme du Lac Nasser
Assouan est en effet la base de départ de la plupart des visites à Abou Simbel, soit en bus, soit en avion. En bus, c’est 3 heures de route cahotante pour une visite expresse de 45 minutes. L’aller-retour peut également se faire en avion mais là encore, les obligations de vol et l’organisation abrègent singulièrement la visite de l’un des plus beaux sites de l’Egypte. «Pour moi, la croisière est le moyen le plus beau de découvrir le site», souligne Mohamed Salem, le patron de Voyages de Pharaon. Bien sûr, le tour-opérateur peut être soupçonné de plaider pour sa paroisse, mais comme il vend tous types de séjours en Egypte, son appréciation d’Egyptien vaut d’être entendue : «C’est simple, la croisière sur le Lac Nasser permet de découvrir une autre Egypte, sans le rythme parfois infernal des croisières sur le Nil. De voir des sites qui ne sont accessibles que par le Lac, tranquillement et sans la foule. C’est pour cela que bon nombre de nos clients reviennent deux à trois fois, à des saisons différentes, sur des bateaux différents, pour découvrir et redécouvrir les temples à leur rythme». En partant d’Abou Simbel, les passagers des bateaux bénéficient en effet d’une nuit sur place, qui permet d’aller et venir plusieurs fois sur le site (pour le prix d’un seul billet à 55 livres, 7,5 €) l’après midi et le soir, ce qui permet d’éviter les heures d’affluence des autocaristes.

L’Egypte au calme du Lac Nasser
La visite elle même est un rituel. Pour éviter la bousculade à l’intérieur des temples, les guides doivent obligatoirement donner leurs explications à l’extérieur du monument, et chacun doit ainsi emmagasiner au maximum les informations avant de partir à la découverte des parois sculptées, qui représentent les exploits guerriers de Ramsès. En étant sur place, on peut prendre le temps sur le site, rentrer et sortir, ce qui permet une séance de rattrapage pour mieux détailler les lieux. Attention pour les photographes : les flashes sont rigoureusement interdits à l’intérieur, comme dans tous les temples en Egypte, et les gardiens sont vigilants. Il faut donc prévoir à l’avance le matériel adequat.

L’Egypte au calme du Lac Nasser
L’égyptologie…facile

Ils ont loin, nos cours d’histoire de 6ème, et si chacun a bien en tête quelques images de sarcophages ou de statues de Ramsès, il est fort difficile de s’y retrouver à brûle pourpoint entre des divinités à la généalogie tortueuse et quelques générations de pharaons d’Ancien, Moyen ou Nouvel Empire. Tous les guides de voyage regorgent de références et font de réels efforts pédagogiques, mais comment rattraper en quelques jours une histoire complexe ? Le carnet de route Marcus (12 euros) fait en la matière outil de référence : signé de l’égyptologue Hervé Beaumont, il s’attache à rendre les notions de base compréhensibles en quelques tableaux, en 120 pages et format poche qui plus est. Il faut par ailleurs rendre grâce aux guides égyptiens francophones qui accompagnent les visites, généralement d’excellent niveau, férus et mobilisés pour faire passer les explications indispensables. Enfin ne pas négliger internet qui permet de rejoindre en quelques clics des sites simples, illustrés et bien pratiques pour avoir à l’avance une bonne idée des lieux visités. En imprimant la page adéquate et en la relisant avant la visite, rien d’essentiel ne vous échappera ! Pour le Lac Nasser et ses temples, un site sympa, qui vous prend par la main pour une visite guidée organisée par des amateurs passionnés.

L’Egypte en eaux douces

L’Egypte au calme du Lac Nasser
Kasr Ibrim la forteresse, l’Oasis d’Amada, le tombeau de Penout ou encore Wadi-es-Seboua, le «Temple de la Maturité» : autant de merveilles qui se découvrent au rythme de la navigation qui dure 4 jours sur le Lac Nasser. Seul bémol, les gardiens des sites n’étant pas là toute la journée, il n’est pas rare que deux bateaux fassent escale au même moment, ce qui rend la visite plus dense…mais largement supportable au regard de la densité dans les temples du Nil ! Le réservoir d’eau douce de l’Egypte est parfois si large que le bateau semble naviguer sur la mer, c'est d'ailleurs ce qui vaut à cette étendue son surnom de Mer nubienne. Les rives, de sable ou de rochers, sont désertes : l’irrigation et les installations y sont interdites, par souci de ne pas polluer le Lac.

L’Egypte au calme du Lac Nasser

L’Egypte au calme du Lac Nasser
Les visites se déroulent généralement tôt le matin, pour limiter les ardeurs du soleil. Selon les sites, le bateau accoste directement les rochers ou les navettes emportent les passagers sur la rive, et les marins pêchent pendant que les touristes visitent. La vie à bord est rythmée par les repas pris sur le pont ou, curieusement, dans la cale, aménagée en salle à manger sur le Queen of Abou Simbel. «C’est pour permettre aux cabines d’avoir une meilleure vue», explique Mohamed Salem. Les buffets sont abondants et variés, le personnel de bord est aux petits soins. Il multiplie tous les soirs les farces pour surprendre les passagers : pendant les repas, les couvre-lits ou les serviettes se transforment en personnages ou en animaux pour accueillir le retour dans la cabine, spacieuse. Chacune est équipée d’une salle d’eau, l’eau chaude coule en abondance et le bateau est équipé de réservoirs pour ne pas polluer le Lac par les eaux usées. Des petits salons, une boutique, la piscine ou les tables de ping-pong occupent les passagers les plus actifs, mais la sieste est l’activité la plus commune, pour se remettre du lever matinal ! Six navires seulement parcourent les eaux du Lac, du Tania –30 cabines- au Queen of Abou Simbel, 5 ponts et 70 cabines. Plutôt épais, ils ne brillent pas par leur charme mais s’avèrent confortables.

Les rives assourdissantes du Nil

L’Egypte au calme du Lac Nasser
Une escale à Assouan, puis un vol d’une demi-heure en avion et nous voici à Louxor. Le séjour sur le Lac se combine le plus souvent avec une descente du Nil dont le contraste est saisissant : après le calme, le bruit, la bousculade et la ville. Les conducteurs de calèche se font pressants pour emmener les touristes visiter Louxor (1 € la course seulement, c’est la crise). Le Temple de Louxor est une pure merveille mais, malgré les efforts du guide pour nous détailler les fresques des murs ou des obélisques, la foule est difficile à supporter (l’entrée est à 35 LE, moins de 5 €).
Sur les rives du Nil qui longent le Temple, les bateaux énormes masquent la vue en se garant en parallèle sur 4 ou 5 rangs le long du quai. Rien à voir par les hublots: le bord à bord rend la ville invisible. Alors faut-il ou non s’imposer le fracas après l’apaisement ? Karnak et la Vallée des Rois valent bien de subir quelques inconvénients que les amateurs d’égyptologie ne verront d’ailleurs même pas. Peut-être est il plus facile de débuter la visite par le Nil puis terminer à Abou Simbel puisque les voyages « à la carte », sans être beaucoup plus cher, le proposent ? Le Lac Nasser est en tous cas une découverte alternative à l’Egypte plus connue du Caire, de la Mer Rouge ou du Nil. Encore peu fréquenté, il réclame une visite.

Annie Fave

L’Egypte au calme du Lac Nasser
A vous de partir

Le Tour-opérateur Voyages de Pharaon nous a organisé cette visite : ce spécialiste depuis 15 ans de la Nubie sait de quoi il parle, son patron, installé en France, est égyptien et n’a jamais renoncé à faire découvrir son pays sous toutes ses facettes malgré les aléas géopolitiques. Une croisière de 4 jours sur le Lac Nasser à bord du M/S Eugénie (5* charme) débute à 526 €. Le séjour sur le Lac Nasser peut se combiner avec une découverte des temples de la Nubie dans la version «Au-delà du Nil » (voyage 9 jours/8 nuits à partir de 1690 € par personnes ) ou avec une descente du fameux fleuve dans la solution " La voix du Nil" (13 jours/12 nuits à partir de 2090 € par personne).
De nombreux autres Tour-opérateurs programment la destination, avec des variantes de durée, de confort à bord et de transport aérien qui varient du simple au triple, ce qui rend difficile une estimation moyenne de prix. Dans tous les cas, privilégier le bateau 5 étoiles (norme locale), les cabines situées le plus haut possible sur le bateau (pour limiter le bruit des machines et générateurs). Voire, pour la descente du Nil, les cabines situées à l’extrémité du bateau : à quai, les paquebots sont rangés bord à bord en rangs serrés, il n’y a aucune visibilité !!

L’Egypte au calme du Lac Nasser
Infos pratiques

Aller à Abou Simbel ressemble de prime abord à un parcours du combattant : l’avion de Paris se pose au Caire, une nuit au Caire puis départ à l’aube dans un avion qui fait escale à Assouan avant d’atterrir enfin sur un aéroport situé à…7 kilomètres du site. Mais quelle merveille et quelle douceur de glisser ensuite de temple en temple vers des lieux totalement inaccessibles par la terre, ce qui en limite de fait la fréquentation.

Le printemps (Mai compris) et l’automne sont bien entendu les deux périodes de l’année les plus agréables, il fait trop chaud l’été malgré la climatisation. Se munir dans tous les cas d’un chapeau et de crème pour la visite des sites dont la durée, même si elle a lieu tôt le matin ou en milieu d’après midi, conduit toujours à griller à un moment de la journée. Pas de vaccination spécifique à prévoir, une petite laine pour le soir et de bonnes chaussures pour déambuler dans le sable et les cailloux (baskets idéales).

Jeudi 24 Février 2011
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