Big Brother dans l'avion

Les agences américaines de lutte anti-terroristes auront désormais un accès plus facile aux données des passagers aériens de l’Union européenne. Le texte officiel devrait être signé cette semaine. Le réalisme économique sacrifie les libertés individuelles.



« Nous avons préservé les mêmes garanties que dans l’accord de 2004 », assuré le Commissaire européen à la Justice et la sécurité, Franco Frattini, après les discussions. Or, précisément, c’est parce que les parlementaires européens estimaient que ces garanties étaient insuffisantes qu’ils avaient saisi la justice européenne. Celle ci n’a pas jugé sur le fond mais sur la forme l’ancien accord, et c’est pour des raisons de forme juridique qu’elle l’a annulé.
Il reste que les compagnies aériennes vont fournir aux autorités américaines quelques 34 données sur leurs passagers allant aux Etats-Unis, avec autorisation de venir se servir directement dans leurs systèmes de réservation. Ces informations, 34 au maximum, vont de l'adresse du voyageur à son numéro de téléphone ou de carte de crédit en passant…par son régime alimentaire, révélateur parfois de pratiques religieuses. Elles restent collectées, comme dans l’accord précédent, par le Bureau américain des douanes et de la protection des frontières (CBP), mais désormais ce service pourra les transmettre aux « agences gouvernementales en charge de la lutte antiterroriste", comme le FBI. C’était une revendication express des américains.
La dénonciation du texte précédent n’est pas de leur fait, mais faisant de cette condition une obligation, ils ont obtenu davantage encore, au nom de la lutte contre le terrorisme. Et les Compagnies aériennes, une épée de Damoclès au dessus de la tête, n’ont pu que pousser à un accord liberticide.
Les partisans, légitimes, de la sécurité pourront toujours souligner que les américains, débordés par la quantité d’information à traiter, n’iront pas dans le détail. Plausible. Mais faut-il que les compagnies aériennes deviennent collecteurs de données, et surtout sans contrôle de leur traitement ? Les adversaires de Big Brother ruminent les propos de Thomas Jefferson lui-même : « Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre ».
Anne Le Goff

Dimanche 8 Octobre 2006
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