vacances pratiques


Version imprimable

Voyageur malgré lui




Il était une fois un petit putois baptisé Dorothy qui vivait en Californie. A la recherche d’un abri pour la nuit, il trouva refuge dans une canalisation en PVC. Hélas, durant le sommeil de l’animal, le tuyau fut chargé avec d’autres sur un camion. Destination : le Canada au terme d'un voyage de cinq jours et de plus de 5.000 km. Arrivé à Toronto, le mammifère fut recueilli par le Toronto Wildlife Centre qui chercha pendant un mois la solution idéale pour ramener l’animal dans ses pénates. Eu égard à la réputation malodorante du quadrupède, les candidats, vous vous en doutez, ne se bousculaient pas au portillon.

Situation bloquée, jusqu’à ce qu’un couple de Californiens décide de prendre quelques jours de vacances pour faire le voyage en priant Sainte Rita (spécialiste des causes perdues) que l’animal n’ait pas trop peur et évite de déverser son liquide nauséabond à l’arrière de la voiture (une semaine en moyenne pour se débarrasser de l’odeur, quelque soit le nombre de douches ou de bains).
Le voyage est en cours et me rappelle une anecdote, déroulée il y a 5 ans de cela lors d’un voyage au Québec. 5 heures du matin, je suis, avec un spécialiste de la faune sauvage, au cœur du Parc de la Jacques Cartier à la recherche de l’orignal. Nous marchons depuis deux heures pour trouver l’animal à cornes. La température est bien en dessous de zéro. Au détour d’un chemin, le sosie de Davy Crocket qui me serre de guide me fait un signe impérieux. Ordre de stopper net et de reculer lentement sans se retourner. Ne voyant pas ce qui se passe devant, j’imagine un couple d’ours et de cougars prêts à nous sauter dessus pour le petit déjeuner. Sans moufter, j’obéis et lui et moi reculons en silence durant quelques centaines de mètres… Au terme de cet étrange ballet, les épaules de mon guide s’affaissent et il se retourne avec un soupir de soulagement. « C’est bon, elle a tourné mais tu peux encore la voir ». Mais de qui diable parle-t-il ? D’une magnifique mouflette (nom québécois pour le putois) qui, quelques mètres devant nous, nous jette un regard dédaigneux avant de filer sous un buisson… « Ici », m’explique le trappeur, « nous les redoutons comme les pires des animaux sauvages »… Finalement, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse…

Stéphanie Clément
scg@vacancespratiques.com


Mercredi 7 Février 2007