vacances pratiques


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Une mémoire qui fait couler beaucoup d’encre




L’idée de Nicolas Sarkozy autour de la mémoire et plus particulièrement de celle liée à la shoah semble surprendre, agacer, étonner, révolter. Il ne m’appartient pas de la commenter ici. Qu’importe mon avis. Pour autant, avant de se lancer dans des opérations lourdes ne faudrait-il pas simplement évoquer le « voyage de mémoire ». Ce tourisme historique qui fait que l’on n’oublie pas un camp de concentration, une prison ou un lieu de massacres.

Enfant, lors d’un camp de vacances en Alsace, j’ai croisé Natzwiller-Struthof dans le Bas Rhin, le seul camp de concentration sur le territoire français que même les petits Alsaciens ne connaissent pas toujours. Si le lieu est aujourd’hui pimpant et bien entretenu, l’évocation, sur place, de son histoire a changé ma vie. Enfant, c’est ce camp qui m’a donné envie de lire tous les livres de Christian Bernadac sur la déportation. C’est de cette visite que j’ai retenu que les enfants morts étaient majoritairement juifs mais aussi tsiganes, polonais, roms issus des grandes tribus nomades de l’est. Beaucoup sont nés et morts dans ces camps. C’est de ce voyage qu’est né le besoin de savoir. De là que j’ai été rue Lauriston, anciennement police française « allemande » ou dans le 19ème sur les traces de Joffo, pour comprendre et voir de mes yeux le point de départ de toutes ces histoires tragiques. J’ai aussi voulu voir Auschwitz, le pont de la rivière Kwai, les camps cambodgiens de Pol Pot ou les mouroirs japonais de Malaisie. Et dans une moindre mesure, les villes et villages d’Algérie, le nord Vietnam ou les campagnes chinoises. L’histoire n’est pas un concentré de visages oubliés. L’histoire est faite de lieux, durs, sombres, sordides, inhumains. C’est en y allant, en s’arrêtant devant la porte entrouverte d’un four crématoire que l’on crée une mémoire. Celle là, loin de toutes les polémiques, ne s’efface que rarement. Peut être faut-il alors prévoir des autocars et des billets de train ou d’avion avant de réfléchir aux méthodes scolaires que l’on veut y associer. En tant que citoyen, c’est avec honneur que je financerais ce tourisme scolaire de mémoire.

Marcel Lévy
ml@vacancespratiques.com

Lundi 18 Février 2008