vacances pratiques


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Un fauteuil pour deux




La promiscuité est source d’animosité, c’est pour cela que les conflits entre passagers aériens sont plus fréquents en classe éco qu’en première. Non pas que les voyageurs y soient plus agressifs, mais les équipements plus rudimentaires sont pour certains une invitation de chaque instant à la mauvaise humeur et au ressentiment.

Il n’est pas ici question de l’accoudoir central, taillé à coups de serpe dans une queue de cerise et supposé pouvoir soutenir les avant-bras des deux passagers qui l’entourent. La lutte pour son occupation est silencieuse, ponctuée de courtoisies hypocrites, mais bel et bien légitime.
Il n’est pas non plus question de ces réveils brutaux par celui qui, voulant se lever de son siège, secoue comme un prunier son voisin de devant en se servant de son appui-tête comme d’un déambulateur. Considérant la rigidité des sièges et l’étroitesse de l’espace qui les sépare, on ne peut qu’admettre une fois encore la légitimité de l’agacement. Mais pour certains, le simple fait d’utiliser pleinement la fonctionnalité de son fauteuil peut déclencher de vives réactions.
Me voilà donc assis en classe Eco d’une compagnie régulière pour quelques 8 heures de vol. J’incline mon dossier, en me gardant bien de le baisser au maximum pour ne pas importuner le voyageur derrière moi. Je tente de somnoler, profitant de l'espace dont je dispose puisque, heureusement pour moi, je suis au premier rang de la classe éco et dispose d'un peu plus d'espace que d'autres pour les jambes. Hélas, cela suscite manifestement des jalousies! Au premier oeil entre-ouvert, ma voisine, puisque c'est une dame, me dit sur un ton que je vous laisse imaginer «Vous savez que vous n’êtes pas seul dans l’avion ?». Et non contente de m'avoir labouré les reins de coups de genou pendant une grande partie du vol, ce roquet stratosphérique m’apostrophe et prend l'avion à témoin. Comprenant mon désarroi devant cette agression injustifiée, mon voisin du premier rang, les reins lui aussi endoloris, me fait savoir qu’il a lui-même a rencontré beaucoup de difficultés pour incliner son fauteuil, retenu avec force par une autre passagère effrontée. Courroucé mais compréhensif, je range le laxatif que je m’apprêtais à glisser dans la nourriture de mon agresseur. L'espace des uns doit il se limiter au point de ne pas profiter du maigre confort attribué par les compagnies? S'il est normal de ne pas trop s’étaler pendant les repas, il est également tout à fait approprié de s’incliner à l’heure de dormir. Que dira cette voisine le jour où un bambin gambadera tout un vol dans les allées, hurlera au décollage ou (pire?) s'endormira en lui bavant sur la manche... Courtoisie et compréhension s'arrêtent décidément là où commence le confort personnel!

Alexis Dufour

Mardi 16 Décembre 2008