Touriste, et responsable



Enième machine onusienne ou véritable outil de développement touristique ? L’Organisation Mondiale du Tourisme, organe des Nations Unies, vient de fonder à Montréal un Centre d’Excellence sur les Destinations Touristiques. Un organisme chargé les destinations touristiques mondiales, et de leur décerner une certification de qualité.

C’est donc au Canada que ce CED s’installe. Pourquoi là ? Tout simplement parce que le gouvernement québécois et l'Agence de développement économique du Canada fournissent le budget de fonctionnement pour les trois premières années. Après, Inch’Allah. C’est dire si la motivation collective est grande pour fonder la bête. Mais au fait, à quoi va t-il servir, cet organisme ? A encourager les pays à se préoccuper d’environnement et des retombées locales du tourisme. L’ancien ministre canadien du tourisme qui le dirige, André Vallerand, espère décerner un label qui répondra à la préoccupation de plus en plus grande des touristes sur ces questions. Les grands groupes, par exemple, seront priés de trouver sur place les matériaux nécessaires à la construction des établissements, d’acheter sur place le mobilier nécessaire, et d’embaucher également sur place, pas simplement le petit personnel mais aussi les cadres indispensables. Vaste programme : actuellement les statistiques de l'OMT révèlent que moins de 30% des sommes dépensées sur place par les grossistes et les hôteliers profitent vraiment aux habitants. Une étude de l'Université Moi, à Nairobi, a établi que moins de 2% de l'argent dépensé dans la réserve Massaï Mara est retourné aux membres de l'ethnie concernée. Manque de bonne volonté des organisateurs ou constructeurs ? Sans doute pas : les ponts aériens qu’il faut parfois créer pour implanter des hôtels ici ou là font atteindre aux prix de revient des coûts astronomiques dont ils se passeraient bien. En Afrique notamment, les matériels et nourriture disponibles sur place sont loin d’atteindre le degré de confort auquel les touristes sont habitués. Aux Seychelles, impossible de trouver un kilo de tomates qui ne soit pas importé, et les taxes d’importation sont monstrueuses. Il est vrai qu’il n’est pas absolument indispensable de manger des tomates. Mais si l’hôtelier veut accueillir des touristes 5 étoiles, il faut qu’il leur assure autre chose qu’une natte et un poulet rôti. Quadrature du cercle : faut-il attirer les touristes pour qu’ils dépensent sur place et déclenchent la machine économique, ou veiller à un environnement qui sera vite un désert humain. That is the question.

Annie Fave
af@vacancespratiques.com


Mardi 6 Mars 2007

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