Roman de gare



L’appellation, couramment utilisée, signifie un livre vite lu, presque feuilleté tant il ne mérite pas qu’on y consacre plus de quelques minutes, quelques heures seulement, le temps de faire un aller simple, dans un environnement que l’on estime peu propice à la lecture. Une appellation peut-être trompeuse car finalement, n’est-ce pas en voyage que l’on prend vraiment le temps de lire ?

Scène vécue hier chez l’une de mes amies qui bouclait sa valise : à côté de ses vêtements, une pile non négligeables de livres de poche et de magazines. Devant mon étonnement (elle ne partait que trois jours), elle m’expliqua qu’elle avait quelques heures d’avion, de l’attente à l’aéroport. Et que ce temps perdu (ou gagné) lui donnerait l’occasion d’avancer dans ses lectures… Et mon amie ne fait pas exception : combien sommes-nous aujourd’hui à guetter le répit qu’offrent quelques heures de trajet en train ou en avion, ces heures gratuites entièrement consacrées à la lecture ? La Sncf ne s’y est d’ailleurs pas trompée qui offre sur son site un webcast littéraire qui donne à écouter quelques-unes des dernières sorties littéraires lues par des comédiens. Une façon de goûter avant d’acheter le livre objet ou son jumeau audio.
Personnellement, j’ai une prédilection pour les trajets qui m’amènent de l’autre côté de l’Atlantique. Décalage horaire aidant, ces quelques heures ne sont perdues, ni gagnées, elles n’existent pas. Elles sont alors l’occasion de rattraper le temps perdu et de dévorer tous les livres restés en jachère sur ma table de nuit.
Et contrairement aux idées reçues, ces romans dits « de gare » n’en sont pas forcément. Lors de votre prochain voyage, jetez un œil sur les lectures de vos voisins et vous verrez que si les polars et autres Marc Lévy sont nombreux, ils côtoient également une littérature plus exigeante. Eugénie Grandet se promenait l’autre jour dans une salle d’attente de Roissy. Elle avait pris place, sous forme d’un vieux livre, sur les genoux d’une dame qui semblait captivée. Alors pourquoi ne pas donner au roman de gare ses lettres de noblesse et admettre, enfin, que c’est en voyage qu’on lit peut-être le mieux ?

Stéphanie Clément

Lundi 15 Décembre 2008
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