Ravis de la crèche et fiers de l’être !

Sommes-nous à ce point tristes et déprimés ? En manque de bonnes nouvelles pour que le moindre voyage entrepris sous l’étendard de la rencontre avec l’autre, de la planète ou de la remise en cause de notre société de consommation devienne, en deux coups de caméra, une aventure digne des plus grands explorateurs !



Pardonnez d’avance ce léger coup de colère. Il a pour origine un communiqué de presse reçu ce matin sur Jean-Gabriel Chelala, un jeune homme qui s’élance aujourd’hui pour un tour du monde à vélo et sur un bateau. L’enthousiaste voyageur va donc, pendant un an, parcourir la planète à voile et à pédales et l’aventure semble être suffisamment excitante pour devenir un évènement à part entière !

Rassurez-vous, il n’est pas le seul à accomplir ce type d’exploit et à réussir à le médiatiser outrageusement. Il y a quelques mois de cela, un couple de gentils allumés est parti à pied rejoindre Jérusalem sur le principe « nous partons sans rien et nous vivrons de l’hospitalité des populations rencontrées ». A l’époque, ils avaient notamment « fait deux pages » dans Match. Aucune voix discordante ne s’était élevée alors pour s’interroger sur le niveau d’indécence nécessaire à aller, nous habitants d’un des pays les plus riches du monde, demander le gîte et le couvert à des gens qui, souvent, vivent de pas grand-chose. Certains m’accuseront, c’est certain, d’être bêtement pessimiste. D’autres s’enthousiasmeront, ravis, sur le thème « pour une fois qu’on a une bonne nouvelle ! ». Une bonne nouvelle ? Mais laquelle ? Et pour qui ?

Pour les voyageurs eux-mêmes, peut-être, qui surfent volontiers sur cette image de Oui Oui du voyage convaincus qu’ils sont, semble-t-il, qu’il suffit de quelques coups de pédales pour rendre le monde plus beau.

Pour les éditeurs qui publient ensuite les récits de voyage, en espérant convaincre les futurs lecteurs qu’ils ont entre les mains du Bruce Chatwin alors que le niveau d’écriture dépasse rarement la prose émerveillée de Barbara Cartland, les scènes érotiques en moins…
Pour les quelques quidams, enfin, qui auront rêvés quelques minutes devant ces ravis de la crèche soi disant partis pour le voyage du siècle…

A ces derniers, je voudrais rappeler une chose : une aventure humaine est d’autant plus forte qu’elle est avant tout personnelle et il n’existe pas de plus beau voyage que celui qui mène d’abord au voyageur.

Sans faux exploit, sans télé, sans caméra,
En toute intimité.

Stéphanie Clément
scg@vacancespratiques.com

Lundi 14 Janvier 2008

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