Quand Marrakech la riche regarde passer Marrakech la pauvre

Bien des pays touristiques connaissent le cruel dilemme de l'argent facile qu'apportent de richissimes voyageurs qui prennent pied dans le pays, pour y vivre ou y séjourner. Ibiza, Saint Tropez, Portofino... Sont ainsi devenus des icones que viennent visiter ceux qui, moins riches, rêvent de bateaux de luxe, d'acteurs célèbres, de comédiennes voluptueuses, de jolies filles et de belles voitures.



En quelques années, Marrakech a pris l'allure de ces villes de la Jet Set, truffée d'hôtels de luxe, de restaurants hors de prix et de boites nuits très VIP, inaccessibles au commun des mortels. Tout cela fait partie du tourisme haut de gamme, et personne n'a le droit de remettre en cause ces choix. Personne, sauf les Marocains eux mêmes qui s'étonnent de ces accrocs permanent à leurs traditions et leurs coutumes. Car après tout, en cette époque où "l'authentique" est devenu le maitre mot du voyage durable et respectable, la course aux riads fermés et surveillés par des maitres chien ou aux hôtels de luxe aux gardiens patibulaires étonne. Pire, elle attire celles et ceux qui, loin de ce monde des paillettes, veulent voir les vedettes filantes ou établies qui iront les gratifier d'un sourire dans un souk aseptisé aux prix moyens plus élevés qu'à Belleville ou Clignancourt. A force de s'enfoncer dans cette caricature, Marrakech prend lentement mais surement le chemin des villes à fuir. Le vrai Maroc est ailleurs, même si les dirigeants du tourisme marocain sont persuadés que la ville occre est une carte de visite pour le reste du pays. C'est faux, on le voit tous les jours dans les statistiques de fréquentations des autres régions marocaines qui, à l'exception des très classiques zones touristiques d'Agadir et d'Essaouira, ne connaissent pas un développement fulgurant de leur tourisme. Et c'est tant mieux: protégés des excès, ils préservent leur richesse et leur culture et, précisément, leur attraction.

Mais une fois le constat exprimé, que faut-il faire ? Grossir la liste des "y'a ka "et des "faut qu'on" n'est qu'une piètre réponse à un problème souterrain plus profond. Aimer Marrakech comme les stars l'aiment, c'est peut-être une première marche vers la découverte d'un pays qui ne se limite pas aux oranges et aux Gnaouis. Que tous ces "marrakchis" de passage s'investissent dans l'amélioration de la vie de tous les jours et la connaissance du pays serait un premier pas vers une intégration d'un tourisme malin et réfléchi. Chiche ?

Anne Le Goff

Jeudi 3 Juin 2010
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