Montesquieu de retour

Comme les deux Persans de Montesquieu, Mudeya Kepanga et Polobi Palia sont venus visiter la capitale française. De la Tour Eiffel au Moulin rouge, le chef de guerre et le chef de paix d’une tribu papoue de Nouvelle Guinée ont fait le parcours classique des touristes. Avec un message simple : votre culture est admirable. La nôtre aussi.



Une semaine de tours et de détours, d’étonnements, de rires étouffés. Au départ, ils étaient venus avec le message traditionnel d’amitié, et la requête d’un peuple en pleine destruction : "Notre pays est un pays sous développé et surexploité. On nous vole nos exploitations minières et forestières, on massacre les Papous. Il faut nous aider à stopper ces massacres et préserver nos territoires". Avec leurs costumes cravate tout neufs et leur coiffe de plumes, ils ont lancé un appel à l’aide, à l’équilibre "entre le symbole des habits de l'homme blanc que nous portons aujourd'hui et la coiffe, symbole de la culture papoue. Nous aussi on veut le développement, mais il ne faut pas qu'il déborde notre pays, qu'il abîme notre culture", plaident-ils. Le message a été entendus, les députés l’ont assuré. Ce qui fait une belle jambe à nos visiteurs et leur sera fort utile lorsqu’ils remettront leur pagne au pays.

Et puis comme ils sont aussi venus pour voir, leur accompagnateur ne leur a rien épargné : les musées, la Tour Eiffel, l’Assemblée nationale et les débats des députés. Ils en tirent quelques leçons de bon sens. Des discussions de l’Assemblée nationale, ils retiennent que "Vos chefs sont comme les nôtres: ils parlent beaucoup trop, l'eau sort de leur bouche comme une fontaine ». Assis sous les ors de la République au palais Bourbon, ils ont remarqué "On se demandait toujours pourquoi l'homme blanc venait chercher l'or chez nous, maintenant on le sait". Au Moulin rouge, ce ne sont pas les décolletés qui les ont choqué, mais les jambes dénudées, comble de l’impudeur pour les dames.

Et puis voilà, ils sont repartis. Deux mondes se sont croisés. Il en restera sans doute moins de traces chez nous que ce que la « civilisation » a laissé comme héritage chez eux. Dommage.

Anne Le Goff
alg@vacancespratiques.com


Lundi 4 Décembre 2006
pub
pub