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Malte on the rocks


Embarquer pour Malte, c’est s’engager dans un voyage dans le temps, à la découverte des civilisations méditerranéennes qui ont façonné l’Europe d’aujourd’hui, sur un petit rocher perdu entre la Sicile et la Tunisie. Un week-end ou une petite semaine, c'est l'endroit rêvé pour une escapade de printemps.



Malte on the rocks
Épicentre historique de la Méditerranée, Malte est toujours au cœur d’un nouvel ensemble entre Europe, Afrique et Proche-Orient. L'Archipel est très exactement le carrefour des cultures et a su emprunter à tous ses voisins et à toutes les époques. Mais Malte a surtout conservé les richesses qui en font aujourd’hui un site unique au monde, et l’un des rares témoins d’une cohabitation des civilisations moyenâgeuses du bassin méditerranéen. Ce grand « melting pot » culturel est d’autant plus étourdissant qu’il se traduit dans tous les domaines. Asseyez-vous n’importe où sur le Grand Port et contemplez les villes environnantes. Vous penserez d’abord être en terre arabe, face à l’omniprésence d’une couleur miel typique d’un calcaire vieilli sous un soleil de plomb, face à cet enchevêtrement de bâtiments aux toits plats, sans symétrie et sans logique, percés par les trous noirs de fenêtres constamment ouvertes. Mais là où vous pensiez trouver le minaret d’une mosquée, c’est un dôme de la renaissance italienne qui vous apparaîtra, chapeautant une basilique tout ce qu’il y a de plus chrétienne. Et il ne faudra à vos yeux que peu de chemin à parcourir pour se poser sur deux clochers à ciel ouvert, caractéristiques d’un baroque espagnol flamboyant tel que l’on en trouve au cœur du Mexique colonial. Maintenant fermez-les yeux et écoutez une conversation en langue maltaise : vous ne saurez dire si vous êtes en Italie, en Angleterre, en Tunisie ou en Israël, tant les mots, les accents, l’intonation mêlent subtilement les particularités de chacune des langues qui s’y rapportent. Et pour finir, observez les maltais eux-mêmes. La peau halée et les traits tirés par le soleil vous rappelleront sans doute les siciliens tout proches, mais leur calme et leur sourire émanent d’un incontestable flegme britannique, héritage d’une longue appartenance au Commonwealth.

Un rocher carrefour de la Méditerranée

Des rues à dégringoler, le nez en l'air
Des rues à dégringoler, le nez en l'air
L'île principale des trois cailloux de l'archipel maltais se présente comme un gros bloc de roche émergé. Où que l’on soit, la caillasse est à fleur de terre, justifiant la monotonie d’une végétation très basse, aride en été et verdoyante l’hiver. L’exotisme des figuiers de barbaries agrémente les murets de pierres sèches qui séparent les champs et retiennent les précieuses terres fertiles. Mais si cet ensemble naturel ne présente pas un intérêt particulier pour les voyageurs rompus aux paysages méditerranéens, il est en revanche à l’origine de la beauté des villes historiques de l’île. Le calcaire s’est imposé – littéralement – comme la pierre angulaire de toutes les constructions, de la plus insignifiante maisonnette aux plus beaux édifices de la capitale. Installée sur une petite péninsule entre le Marsamxett Harbour et le Grand Harbour, La Valette compte parmi les plus beaux atouts de Malte. Cette ville à taille humaine (moins d’un kilomètre de long pour 600 mètres de large), est circonscrite par les solides murailles érigées au XVIe siècle par le fondateur de la ville Jean Parisot de La Valette. Et comme toute ville bâtie à des fins militaires, son dessin très simple se compose de rues rectilignes parfaitement perpendiculaires, rendant très aisées les déambulations hasardeuses. Une seule porte d’entrée, la City Gate, idéalement située face à la gare routière permettant de rayonner sur l’ensemble de l’île, et à quelques mètres du bureau de tourisme. Aussi spectaculaires soient-ils, les jardins suspendus de Barracca, tout de suite accessibles à l’entrée de la ville, sont à garder pour la fin d’après-midi. Au cœur des arcades, fontaines et palmiers, ils offrent un panorama mémorable sur toute la partie orientale de la ville et sur les magnifiques Trois Cités, dont les façades teintées d’ocre au couchant plongent dans le bleu marine des eaux profondes du port.

Au détour d’une ruelle…

Balcon ou moucharabieh?
Balcon ou moucharabieh?
Engouffrez-vous au hasard dans St-Paul ou St-Ursula Street, tournez sans préférence sur St-John ou Old Theatre Street, qu’importe. Mais surtout, levez les yeux et prêtez attention aux détails. Les façades en pierre de taille sont sublimées par les typiques balcons maltais. Bow-windows d’influence britannique pour les uns, moucharabiehs maures voire espagnols pour les autres, tous se ressemblent et pourtant pas un n’est semblable à son voisin. Moitié pierre moitié bois, ils se superposent et se rapprochent dans les étages, créant des perspectives perturbantes et des jeux de couleurs appréciés des photographes. A cela s’ajoutent un réseau anarchique de fils électriques et d’enseignes décrépies, des portes finement travaillées : bienvenue dans l’ambiance méditerranéenne si particulière de cette capitale.
Au centre de la cité se regroupent les plus beaux monuments dont la sublime Co-Cathédrale Saint-Jean. Ne vous fiez pas à l’austérité de la façade maniériste, elle n’est là que pour renforcer le contraste avec un intérieur des plus flamboyants. La pierre finement dentelée, les dorures omniprésentes, les arabesques qui ornent le chœur, les huit chapelles latérales, la statuaire baroque, la voûte peinte par Mattia Preti et le pavement constitué des pierres tombales de Grands Maîtres… Autant de trésors qui laissent imaginer la puissance et la richesse de l’Ordre de Saint-Jean. Ne manquez pas les œuvres rarissimes du Caravaggio, premier maître des clairs-obscurs. Le Palais des Grands Maîtres, tout proche, mérite également le détour pour s’imprégner de l’histoire de l’Ordre, d’autant qu’il permet une escale rafraîchissante à l’ombre des arbres du Square de la République.

Malte on the rocks
Un été en fête

Fervents croyants, les Maltais accordent une importance toute particulière aux fêtes religieuses. C’est pourquoi chaque année, de juin à septembre, chaque paroisse célèbre son Saint Patron lors des «Festas». Ces fêtes villageoises héritées de l’Ordre de Malte sont préparées avec grand soin et suivies par la majorité de la population. Pendant une semaine complète, défilés en costumes traditionnels, feux d’artifice se succèdent dans la liesse générale. La journée commence toujours par une messe dans une église richement décorée, et se termine par une procession haute en couleurs, rythmée par les fanfares et le claquement des pétards. Pour découvrir ces « festas », mieux vaut s’y rendre le week-end et notamment le dimanche, temps fort des festivités.

Un trio historique

Une ville en promontoire sur la mer
Une ville en promontoire sur la mer
De l’autre côté du Grand Harbour, face à La Valette, s’étend l’autre merveille de Malte : les Trois Cités. Cet ensemble composé de Vittoriosa, Senglea et Cospicua jouxte le Grand Port du haut de deux éperons rocheux. Moins fréquentée par les touristes, Vittoriosa est le véritable berceau de l’histoire de Malte et fut le premier bastion des chevaliers de l’Ordre. Les monuments que l’on y trouve sont pour la plupart plus anciens que ceux de la capitale, et l’atmosphère y est beaucoup plus intimiste. Les ruelles très étroites, sinueuses et fleuries, ne sont pas sans rappeler celles des petits villages provençaux ou toscans. Une impression renforcée par le calme absolu qui y règne à l’heure de la sieste ! Prêtez attention à l’entrée des maisons : ici elles ne comportent pas de numéro, mais des noms en guise d’adresses, une particularité parmi d’autres, comme les lourds heurtoirs travaillés qui ornent les portes colorées. Le Palais de l’Inquisiteur, les Auberges des Chevaliers, le Fort San Angelo témoignent de la riche histoire de la ville qui abrita toutes les civilisations de passage, des phéniciens aux britanniques.

Il faut descendre au port pour découvrir une des plus belles images de Malte, copieusement exportées par les photographes. C’est ici que tanguent calmement les barques aux couleurs éclatantes, à mi-chemin entre gondoles et navires phéniciens, dont elles ont conservé les yeux d’Osiris à la proue. Baptisées Daïssa ou Iuzzu, elles pimentent le paysage sur fond d’arcades et de remparts creusés par la mer.

Mdina la silencieuse

La co-cathédrale de Mdina
La co-cathédrale de Mdina
Continuons de remonter dans le temps et mettons le cap sur Mdina, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de La Valette. Après avoir traversé l’île par une des rares routes rénovées – pour la venue récente de la Reine d’Angleterre qui devait l’emprunter – Mdina se détache dans l’horizon du haut de son promontoire. Mais à la différence de ses homologues côtières, elle vous éblouit de sa blancheur exaltée par la puissante lumière du zénith.

L’ancienne capitale du pays étant au cœur d’un programme de rénovation, elle se présente pratiquement telle qu’elle fut après sa reconstruction à la fin du XVIIe siècle. Mais l’histoire de cette ville remonte plus de mille ans avant JC, quand les phéniciens en firent une place fortifiée. Une fois dans l’enceinte, le calme des ruelles n’est troublé que par les sabots des chevaux qui tirent derrière eux de petites calèches pour les touristes. Ils vous emmènent jusqu’à la plus belle place de la ville où trône la cathédrale Saint-Paul et sa magnifique façade baroque. Ici l’ambiance médiévale et parfois antique est plus marquée que dans la capitale, grâce à des constructions plus épurées, des ruelles plus étroites où l’on peine à évaluer la hauteur des murs qui nous entourent.

Gozo la voisine

la fenêtre d'azur, à Gozo
la fenêtre d'azur, à Gozo
Gozo s’impose comme une escale balnéaire au cours d’un voyage résolument culturel. Séparée de Malte par une bande de mer de cinq kilomètres, l'île est facilement accessible grâce aux ferries qui traversent tous les trois-quarts d’heures (4.65 € l’aller-retour). Gozo est appréciée pour son ambiance décontractée, mais surtout pour ses criques intimistes, perdues au bout de petites routes de campagne. Mgarr Ix-Xini, sur la côte Sud de l’île, ou Wied il-Ghasri au Nord, sont des lieux de baignades agréables où les eaux limpides et calmes bénéficient de la protection naturelle des parois rocheuses qui les entourent. La roche torturée des côtes forme parfois des cavités qui retiennent la mer et deviennent ainsi de petites piscines naturelles à l’abri des courants, souvent violent à Gozo. On peut également admirer le travail de la mer sur les falaises calcaires situées à l’extrême ouest de l’île. Ici trône la « Fenêtre d’Azur », sorte d’Etretat gozitain aux dimensions plus impressionnantes. Très sauvage, le site est également apprécié des plongeurs, notamment pour sa mer intérieure accessible par bateau via un tunnel sous les falaises. Pour les amateurs de farniente, la seule plage de sable de l’île, Ramla Bay, se trouve au nord-est de Xaghra.

Gozo, comme sa voisine, recèle également de nombreuses richesses historiques à ne pas manquer entre deux baignades. La Forteresse de Victoria, l’Eglise Saint-Jean-Baptiste dont le dôme est visible à plusieurs kilomètres à la ronde, la Basilique de Ta’Pinu entre Gharb et Ghammar et son clocher séparé, la petite ville de Xlendi encastrée dans les rochers…

Ultime étape dans le voyage temporel imposé par l’île, le temple gozitain de Ggantija vous emmène plus loin que le Moyen-Âge, plus loin que la Rome antique, et plus loin encore que les pyramides d’Egypte. On ne peut être qu’impressionné par l’état de conservation de cet édifice vieux de cinq mille ans, dont la légende dit qu’il aurait été bâti par des géants pour mieux surveiller la vallée.

Alexis Dufour

L'héritage britannique !
L'héritage britannique !
Pratique

Y aller
- Air Malta propose des vols directs entre Paris et La Valette, disponibles à partir de 149 € TTC aller-retour. D’autres compagnies comme Air France, Lufthansa ou Alitalia proposent également des vols sur La Valette, mais avec escale.

- Le tour-opérateur Sti Voyages propose des séjours packagés à Malte. Pour exemple, avec un départ cet été pour découvrir les «Festas», un séjour de 8 jours/7 nuits est disponible à partir 984 € TTC par personne base double (comprenant les vols A/R Paris – La Valette, les transferts, le séjour de 7 nuits avec petits-déjeuners, l'assurance rapatriement).

Lien utile
Office de tourisme de Malte : www.visitmalta.com