Le prix de l’angoisse !

Dans le Figaro de vendredi, rubrique société, un sujet titre « Les passagers d’un vol agité réclament un préjudice d’angoisse ».



Résumée en quelques lignes, l’histoire raconte un vol très chaotique entre Djerba et Paris sur la compagnie Karthago Airlines. Après le décollage, de multiples incidents surviennent (chute de la température à bord, tombée des masques à oxygène, odeur de brûlé). Panique à bord et retour de l’avion à Djerba au nom du principe de précaution. Suite à l’incident (j’insiste sur le mot, il n’y a pas eu, fort heureusement, de victimes) les passagers se constituent en association et porte plainte pour, je cite « préjudice d’angoisse ». L’affaire laisse perplexe… Surtout si l’on se souvient qu’une procédure du même ordre a été engagée par les familles des victimes du crash de Charm El Sheik où tous les passagers de l’avion avaient péris… Décompte macabre ? Mesure-t-on l’angoisse au nombre de morts ? Sûrement pas. Et la perspective de mourir dans un crash d’avion n’a rien d’agréable même si, au final, tout se termine relativement bien. Pour autant, le risque zéro n’existe pas. La vraie question est de savoir si l’angoisse a un prix. Et si oui, lequel et à quel titre. Les perspectives de la réponse à cette question sont vertigineuses. Si demain, un tribunal condamne la compagnie à verser des indemnités aux passagers, les voyageurs pourront alors, au nom d’une jurisprudence existante, se prévaloir d’un préjudice d’angoisse ou, pourquoi pas, d’inconfort, de stress et j’en passe… Une tendance qui pourrait, sans être alarmiste, s’étendre au monde du voyage dans son entier. Pourquoi pas demain un tour opérateur accusé de non assistance à personne en danger par un de ses clients qui aurait attrapé le paludisme au bord de la piscine de l’hôtel par exemple ? Je le dis, je le répète : le risque zéro n’existe nulle part, pas plus dans le voyage qu’ailleurs. Vouloir l’instaurer à tout prix offre sûrement à certains des perspectives financières intéressantes. Cela ouvre également les portes d’un monde où seuls les avocats et quelques jusque-boutistes pourraient finalement trouver leur compte. Le monde du voyage, lui, n’en sortirait pas grandi.
Stéphanie Clément
scg@vacancespratiques.com

Lundi 9 Octobre 2006

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