Le manque de discernement des touristes

L'ouverture d'esprit, la soif de découverte, voici deux moteurs clés du touriste modèle. Mais il faut compter aussi avec la composante prix, qui tempère naturellement la curiosité. Et surtout avec celle de la sécurité, qui prédomine tout déplacement. On n'emmène pas sa famille en vacances n'importe où. Compréhensible. Mais le résultat, c'est que le touriste sort aujourd'hui son parapluie avant tout, quitte à tout mélanger.



Les flashs d'actualité montrant castagne et manifestations laissent des traces, manifestement durables. Si les réservations reprennent un tout petit peu en Tunisie, la mer Rouge ne fait plus recette. Et surtout les vacanciers, mettant tous les pays dans le même sac, annulent en masse leurs déplacements au Maroc, en Jordanie, au Liban ou en Syrie, et ignorent l'appel du shopping à Abu Dhabi ou Dubaï. Pire, en annulant ses escales en Égypte en en Tunisie, Costa Croisières annule aussi Israël. Où est le point commun ? En Jordanie, c'est environ 50 % des réservations des prochains mois qui ont été annulés. Au Liban, Byblos et Baalbek sont vides, souffrant d'une double peine: les touristes européens ne viennent pas et les touristes arabes, préoccupés de la situation dans leur propre pays, restent chez eux. Alors qu'ils constituent habituellement 75 à 80 % des touristes! Et ne parlons pas des perspectives à venir puisque le mois d'août devrait être période difficile pour tous, chacun restant chez soi pour le Ramadan.

Bien sûr, l'envie de vacances dans un pays tranquille est particulièrement légitime. Mais il faut parfois savoir raison garder. A part en Libye bien entendu, le Proche Orient n'est pas à feu et à sang. Et si les habitants peuvent avoir la dent dure contre des gouvernements qui les bâillonnent, ils ne mordent pas la main qui les nourrit. Aucun touriste n'a été pris à partie, dans aucun des pays cité. En Jordanie, où le tourisme représente 14 % du PIB, les sites de Jérash ou Pétra sont vides. Bientôt, ce sont les ventres qui le seront. Entrainant un nouveau mouvement social, non plus politique mais économique.
Les tour-opérateurs ont bien senti le risque. Les offres "A deux pour le prix d'un", lancées en Tunisie, permettent d'attirer par le prix. Ils espèrent ainsi relancer la destination et remplir vaille que vaille des hôtels tunisiens qui en ont bien besoin. Et sans doute les touristes qui en profiteront pourront ils jouer un effet d'entrainement. Positif. Par ailleurs les vacanciers vont vite constater aussi que les capacités d'Ibiza, Majorque et autres Grèce n'étant pas extensibles, les prix de ces destinations "sûres" vont vite exploser. Provoquant la recherche effrénée d'autres solutions ! Les plages françaises, peut-être ? Les prochaines semaines le diront mais pour l'heure, il y a des risques d'excès partout: de vide chez les uns, de remplissage chez les autres...

Annie Fave

Vendredi 18 Mars 2011
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