La peur comme passeport

Le voyagiste devra-t-il se transformer, demain, en spécialiste de la politique internationale et de ses aléas ?



Peut-être. De l’autre côté de la Manche en tout cas, on en prend le chemin avec cette demande émanant du gouvernement britannique et du secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Lord David Triesman, qui invite les professionnels du tourisme à prévenir les voyageurs qui utilisent leurs services des menaces terroristes qui pèsent sur les pays dans lequel ils envisagent de se rendre en relayant, avec plus de conviction, les conseils aux voyageurs émis par le gouvernement. Si d’aventure l’idée d’une telle requête passait le Channel, les voyagistes français auraient du pain sur la planche. Car, outre les risques, réels, encourus dans certains pays dont je vous épargne la liste, le Quai d’Orsay sur son site diplomatie.gouv.fr, n’est pas fait pour rassurer les voyageurs en partance, quelque soit leur destination. Ainsi, en surfant au hasard ce matin, je me suis mise dans la peau d’un voyageur qui envisage demain de se rendre en Australie. Je me rends donc sur le site du gouvernement, je clique sur Australie et sur la rubrique sécurité. Et je suis accueillie par ce premier commentaire : « Le Ministère des Affaires Etrangères ne peut, en aucun cas, être tenu responsable d'incidents qui pourraient survenir pendant un voyage. (…) En outre, il est rappelé qu'aucune région du monde ni aucun pays ne peuvent être considérés comme étant à l'abri du risque terroriste. ». Pas découragée pour autant, je poursuis et j’apprends, entre autres, que les autorités australiennes redoutent toujours qu’une attaque terroriste frappe les villes de Sydney ou Melbourne. Quelques lignes plus bas, je lis que les effractions et les agressions sont en progression dans ces mêmes villes. Peu exigeante, je me dis que je ferais l’effort d’éviter les villes. Las, le commentaire se poursuit avec les risques d’incendies de forêt durant l’été austral et la redoutable présence de requins et de méduses sur les plages.


Arrivée à ce stade de la lecture, je n’ai même plus besoin d’un voyagiste pour me décourager de me rendre en Australie. Je me demande même, vu la vitesse à laquelle se propagent les risques en tout genre en ce moment, si je vais sortir de chez moi… Soyons sérieux… Dans le voyage comme ailleurs, le risque zéro n’existe pas. Si demain, les voyageurs devaient tenir compte, à la lettre, des conseils dispensés par les sites gouvernementaux, ils n’iraient plus nulle part. Vous conviendrez, comme moi, que le monde aurait alors bien triste allure.
Stéphanie Clément
scg@vacancespratiques.com

Mardi 7 Novembre 2006

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