vacances pratiques


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La diplomatie de la grippe




La grippe a ses raisons que la diplomatie ignore, ou inversement : pour combattre les méfaits supposés de l’épidémie, on interdit des destinations, on met en quarantaine, on abat des porcs. On bloque des avions, on s’interroge sur les urgences des déplacements. Et dans le même temps, des vacanciers se promènent en toute tranquillité dans des zones impaludées ou pire. Cette crise de la grippe AH1N1 démontre que les vacances ont un poids économique tel qu’on en use de façon politique, ou diplomatique !

Depuis la semaine dernière, plus un seul tour-opérateur Français, Britannique ou Allemand ne programme le Mexique, le foyer de cette épidémie. Avec les applaudissements de tous, puisque c’est par la quarantaine, effectivement, que l’on vient à bout des transmissions. Le Mexique, montré du doigt, aura sans doute un peu de mal à se remettre de ce coup dur, même si c’est aujourd’hui la fin de la haute saison sur la région.
Plus curieuse, pour le moins, aura été la décision du Ministère Français de l’Intérieur ce week-end. Conférence de presse et roulements de tambours, les groupes scolaires sont interdits de se rendre en voyage pédagogique au Mexique. On s'en doutait un peu, ils ne doivent d'ailleurs pas être très nombreux et en plus, on ne voit pas qui les aurait emmenés. Mais bon, dont acte. Plus fort, les mêmes groupes sont également priés de renoncer à se rendre à New-York, destination également touchée par l’épidémie. Là, en revanche, vous pouvez toujours chercher sur les Conseils aux Voyageurs du Quai d’Orsay : la destination n’est pas déconseillée, on ne parle même pas de précautions élémentaires et de prévention sur la ville. Rien. Deux poids, deux mesures ? Cela aurait il à voir avec le fait que beaucoup de Français se rendent l’été dans la grosse Pomme, beaucoup de voyageurs d’affaires aussi, et que le partenariat économique est un peu plus dense avec Washington qu'avec mexico? ? Mais il est vrai que compte tenu de l’excellence des relations entre les deux pays, pas de doute : les microbes renonceraient à s’attaquer aux vacanciers Français !

Pendant ce temps, les compagnies aériennes scrutent les tousseurs avec inquiétude, signalent le moindre cas suspect et font mettre en quarantaine les passagers des vols où un malade a été déclaré. Les passagers d’un vol Mexique-Shanghai ont ainsi été rattrapés au lasso en Chine, quelques 300 résidents d’un hôtel de Hong Kong sont enfermés jusqu’au 9 Mai sans avoir déclaré le moindre rhume et au Caire, les éleveurs de porcs se battent pour sauver leurs élevages, abattus en masse alors qu’aucune épidémie, pas un cas n’a été déclaré. La diplomatie de la grippe, ou comment utiliser un dossier pour arranger ses petites affaires….

Annie Fave

Lundi 4 Mai 2009