vacances pratiques


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L’hippopotame et le scalpel


Le tourisme génère parfois des excroissances curieuses… Pardon d’utiliser ce vocabulaire pseudo médical, mais vous allez comprendre pourquoi. En fin de semaine dernière, l’Afrique du Sud a publié des chiffres étonnants qui mettent en avant la bonne santé de son tourisme… médical.



Jugez plutôt : selon l'Association des chirurgiens plasticiens du pays, ce secteur se chiffre à quelques 28 millions d'euros par an et plus de 20 000 touristes étrangers devraient se rendre en Afrique du Sud cette année pour y subir une opération, contre environ 8.000 en 2003. Une manne en or apparemment. Personnellement, l’information me laisse songeuse… Comme si l’Afrique du Sud, dans son histoire récente, n’avait pas connu son lot de drames et de malheurs. Voilà-t-il pas qu’il faut maintenant qu’elle subisse le flot constant de touristes mal en point venus se faire réparer, remodeler, liposucer et j’en passe, sur ses terres… Sans compter que, on le sait, vous et moi, l’homo touristicus n’est pas, à proprement parler, une race forcément facile à vivre. Alors mettez-vous à la place de ces pauvres sud africains et imaginez maintenant les mêmes touristes malades : même short, même bob que les autres mais, en prime, une ordonnance sous le bras, deux tonnes de valises de médicaments et des jérémiades à faire pâlir d’horreur un troupeau de Calimeros au mieux de leur forme. Glamour, non ?


Mais attendez, le pire reste encore à venir car il faut également savoir que les malades en question, une fois rétablis et bottoxés de partout, loin de quitter le pays le cœur léger, poursuivent le voyage en participant à des safaris à la rencontre de la faune sauvage. Et là, je dis non ! Je m’insurge haut et fort et j’en appelle à toutes les instances responsables : WWF, Nicolas Hulot, Dominique Voynet, Al Gore… Tous en Afrique du Sud pour mettre fin au carnage. Car autant je peux tolérer que le pays, moyennant de substantiels subsides, trouve un intérêt à accueillir tous les ridés et autres cellulités de la planète, autant je refuse que la faune majestueuse de ce pays ait à subir le triste spectacle de toutes ces faces et ces fesses re-tirées dans tous les sens. L’environnement et la biodiversité ont déjà subi, et de très loin, leur lot de calamités, non ?

Stéphanie Clément
scg@vacancespratiques.com

Dimanche 26 Novembre 2006