Grand corps malade



Il est grand temps que l’industrie du tourisme prenne à bras le corps les problématiques environnementales des sites qu’elle contribue à commercialiser: les destinations nature, aussi belles soient elles, font rarement bon ménage avec les touristes, aussi écolo soient ils!

Exemple récent vécu sur un territoire français, l’île de Mayotte, pas plus tard que cet été. Au sud de l’île, la plage de N’Gouja abrite un hôtel fait de petits bungalows en bois. L’endroit est paradisiaque et presque totalement sauvage. A tel point que la plage de l’hôtel sert de lieu de ponte à de magnifiques tortues marines qui se nourrissent sur le platier dans le lagon qui borde les lieux. Chanceux, les vacanciers ont donc tout le loisir, avec un simple masque et un tuba, de nager aux côtés de ces belles demoiselles peu farouches. Un endroit de rêve donc… Hélas, au pays du bonheur les choses ne sont jamais simples. En effet, malgré une bonne volonté réciproque, touristes et tortues ne font pas forcément bon ménage. Les premiers risquant fort, à terme, de faire disparaître les secondes. Une scientifique qui étudie les tortues sur place fait régulièrement le tour des tables du restaurant pour avertir les clients de l’hôtel. Son discours tient en quelques lignes : « Evitez, s’il vous plaît, de vous baigner à marée très basse car vous piétinez l’herbe dont se nourrissent les tortues et sans herbe, à terme, elles ne viendront plus ».
Le message est simple et relativement peu contraignant (la marée basse ne durant pas toute la journée). Il n’est pourtant peu ou pas respecté. Et les arguments sont légion : « On fait attention », « On ne peut pas tout interdire », « On a payé pour venir, il faut qu’on en profite à fond… »
Loin de moi l’idée de glorifier les uns, soucieux de protéger cet écotourisme exceptionnel ou de diaboliser les autres, pressés de profiter des lieux sans contrainte. Leurs arguments des deux camps sont recevables.
J’en appelle en revanche à une prise de conscience plus globale des instances du tourisme national et mondial. Que ceux qui pensent encore qu’il suffit de prévenir pour guérir se réveillent et envisagent sérieusement de réglementer l’accès des sites touristiques dont l’avenir dépend de l’écotourisme. Faut de quoi dans 10 ans, la plage de N’Gouna et quantités d’autres lieux dans le monde auront perdus beaucoup de ce qui fait aujourd’hui leur attrait. Dans ce domaine là, une chose est sûre: il est urgent d’agir.

Stéphanie Clément
scg@vacancespratiques.com

Lundi 10 Septembre 2007
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